Une jeune fille passionnée par la mécanique

Korotimi

Korotimi

Jeudi après-midi au Lycée Technique Maurice Yaméogo. Les élèves de la classe de mécanique II (2ème année) suivent leur enseignement théorique. Ils sont attentifs, quelques-uns bavardent et font des blagues au fond de la salle de classe. Une salle de classe comme toutes les autres. Du moins à première vue. Si l’on s’approche et que l’on cherche attentivement, on trouve une fille au milieu de tous ces garçons. Nikiema Korotimi – son visage est encadré par un foulard violet et des lunettes. Son regard est dirigé vers l’avant. Pas seulement vers l’ardoise, mais aussi vers son avenir. Pour Korotimi, son éducation est son avenir.

Être la seule fille dans une classe de garçons n’est pas facile. Surtout pour des études de mécanique, un sujet dominé par le sexe masculin. Ce n’est pas un travail pour des femmes. Elles ne sont pas capables ou talentueuses. Une femme, faire fonctionner une machine ? Korotimi est victime de ce genre de préjugés, non seulement par ses camarades de classe, mais encore par certains de ses professeurs, sa famille et la société. La question se pose alors : pourquoi continue-t-elle, malgré les difficultés ? « C’est une vraie passion », dit-elle. Apparemment une passion qui en vaut la peine.

Groupe de travail

Groupe de travail

L’histoire de la jeune fille commence près de la frontière ghanéenne. Là-bas, elle va à l’école primaire et obtient son Certificat d’Etudes Primaires (CEP). Elle est affectée à Ouagadougou pour poursuivre le collège. Une fois le BEPC en poche à la fin de la 3ème, elle intègre une 2nde dans un lycée technique, toujours à la capitale. C’est à ce moment qu’elle réalise quelle est passion. En effet, très vite, les cours de mécanique lui plaisent, théoriques comme pratiques. Elle a des facilités dans ce domaine, ce qui renforce à chaque heure de cours et de travail avec les machines sa volonté et sa conviction de vouloir aller plus loin. Cependant, avoir la conviction et la volonté ne garantit pas un chemin facile pour autant.

Les machines

Les machines

Après une année d’enseignement technique à Ouagadougou, Korotimi est affectée à Koudougou. En effet, l’école où elle se trouvait ne propose pas de cours de 2ème année en mécanique. C’est ainsi qu’elle se retrouve au Lycée Technique Maurice Yaméogo. Elle est venue seule, sans son tuteur de Ouaga, ni ses parents, qu’elle a quitté depuis la fin de ses années de primaires près de la frontière ghanéenne. À Koudougou, ville où elle est étrangère, elle habite avec un autre tuteur.

Sa famille a peu de moyens ; Korotimi est donc mise à contribution pour gagner l’argent de sa scolarité. Ainsi, pendant que ses camarades font des stages pour gagner en expérience (les frais d’année étant assurés par leur famille aisée),Korotimi doit travailler au marché si elle veut mettre toutes les chances de son côté pour obtenir son « bac pro » dans deux ans.

Korotimi et les garçons en travail pratique

Korotimi et les garçons en travail pratique

Cette jeune fille a déjà franchi beaucoup d’obstacles pour pouvoir étudier dans la filière qui la passionne et dans laquelle elle est talentueuse. Elle a quitté ses parents tôt, déménagé deux fois, elle travaille dur. Elle passe par les questionnements et les doutes. Se faire des amis a pris du temps. Elle ne doit cesser de démontrer qu’une femme peut avoir autant de talent qu’un homme. Tout cela pour des perspectives qui restent malgré tout incertaines : ouvrir son atelier un jour ? Ce souhait lui est cher, mais le soutien moral et financier manque. Enseigner la mécanique dans l’enseignement secondaire ? Ce serait le plan B, mais lui aussi incertain. Une seule chose est sure :Korotimi ne continuera pas ses études à l’Université, faute de moyens.

La vie de Korotimi, la force et le courage qu’elle doit sans cesse puiser suscitent plusieurs injustices. L’éducation, un droit humain, est trop cher et le choix d’une école publique (moins chère) trop limité. Les établissements sont pleins. Trop de jeunes ne peuvent finir leur formation non pas parce qu’ils ne veulent pas, mais parce qu’ils ne peuvent pas. De plus, à cause des stéréotypes sur les « travail de femme », « d’homme », il est très difficile pour les jeunes filles d’entrer dans une filière considérée « pour les hommes ». L’égalité des chances n’existe pas encore.

Josra Riecke

Stagiaire du SEDELAN