Belles coiffures chez Bénédicte !

Le dos droit. Placide. Souriant légèrement. Bénédicte est assise dans son salon de coiffure pendant que ses mains vives tressent un « Paneem Mooré » dans les cheveux d’une petite cliente. Les cheveux naturels sont séparés à parts égales et des mèches de cheveux artificiels sont entrelacées. La première mèche est accomplie.

Pendant son travail, la propriétaire parle d’une façon détendue de tout et de rien avec ses clientes. Oui, Bénédicte a une oreille attentive. Peut-être est-ce cela qui engendre une atmosphère détendue ? Ou peut-être est-ce l’air satisfait qui irradie d’elle. Bénédicte travaille beaucoup et elle travaille dur, mais elle est fière de sa réussite – elle a son propre salon. Par quoi est-elle motivée ? Elle aime son travail et est contente d’avoir la possibilité de vivre de ce travail et d’être indépendante. Pas évident pour beaucoup de femmes.

Bénedicte, coiffeuse

La troisième mèche est presque terminée. « À la bonne heure ! », elle motive sa petite cliente car les tresses demandent beaucoup de patience et exigent de se tenir tranquille. La fille sourit.

Maintenant, Bénédicte parle du 3 septembre 2011, le jour où elle a ouvert son salon. Elle en a un vif souvenir. Ce jour-là représente le début d’un sentiment nouveau pour elle : l’indépendance.

Indépendance. Pour beaucoup de femmes de Koudougou, c’est un mot étranger. La plupart travaillent, mais ce n’est pas une promesse d’indépendance. Elles remplissent leurs devoirs domestiques, les heures sont longues et souvent les hommes gagnent plus d’argent et ont plus d’accès aux ressources et aux informations. L’indépendance est difficile à atteindre et son maintien prend beaucoup d’énergie et demande beaucoup d’endurance. Et souvent une petite aide pour démarrer.

Benedicte coiffe une Etudiante

Pendant que ses mains minces et nues tressent une mèche après l’autre, elle exprime sa gratitude pour le microcrédit, qu’elle a reçu des Missionnaires d’Afrique. Sans l’aide du crédit, elle ne serait pas assise dans sa propre boutique. Maintenant, on aborde le cœur des problèmes de beaucoup de femmes dans leur lutte pour l’indépendance. Recevoir un microcrédit. Le plus souvent, les femmes n’ont pas accès au microcrédit. Elles sont triées à l’avance. Elles sont étiquetées comme des clientes « à haut risque ». Elles sont perçues comme moins dignes de confiance. Elles n’ont pas assez de garanties. Pourtant le salon de coiffure de Bénédicte est la preuve que des microcrédits peuvent ouvrir de bonnes perspectives d’indépendance.

Évidemment, les microcrédits ne sont pas une panacée. Mais ils peuvent donner aux femmes avec du talent et une idée la possibilité d’investir dans leur futur et de se lancer dans l’activité économique. En accordant suffisamment de place à l’autonomie, l’innovation peut éclore.

La plaque solaire de Bénédicte

Fièrement, Bénédicte jette le regard sur son dernier investissement : une plaque solaire. Une des seules au secteur 8 de Koudougou. Elle est indépendante des pannes de courant.

Bénédicte a suivi une formation de cinq années et son salon de coiffure est son lieu d’épanouissement personnel. Jour après jour, elle travaille dur pour sa sécurité et son indépendance.

Le « Pannem Mooré » est achevé. La petite fille se contemple dans le miroir, rit et part en courant pour montrer l’œuvre à sa mère. Pendant un moment, le visage de Bénédicte rayonne de joie. Puis elle se lève de sa place et commence à coudre une perruque, car elle n’a pas beaucoup de temps pour se reposer.

 

Tête coiffee par Benedicte

Chez Bénédicte, le choix des coiffures est énorme et son talent saute aux yeux

immédiatement. Quand je lui demande quelle est la « place de la femme » dans la société, elle s’arrête pendant quelques secondes ereccion sin viagra. C’est une question difficile. Mais elle connaît la réponse et elle donne une réponse claire: la place de la femme n’est pas une place égale à celle de l’homme. Plutôt au fond de la classe alors que les hommes peuvent être assis devant. Bien que les femmes jouent un grand rôle dans la société de Koudougou.

Pourquoi n’ont-telle pas le même accès au travail ? Pourquoi sont-elles payées différemment? Pourquoi n´ont-elles pas les mêmes droits et choix ? Pourquoi ne sont-elles pas considérées comme égales?

Cliente de Benedicte

Bénédicte pose des questions qui expriment une certaine frustration, mais en même temps ces questions reflètent l’espoir. L’espoir que de plus en plus de femmes auront les mêmes possibilités qu’elle a eues. L’espoir qu’un changement social est possible. L’espoir que la population de Koudougou – femmes comme hommes – comprendra qu’il est grand temps de se lever, d’élever sa voix et de ne plus garder le silence. Car selon Bénédicte « les gens de Koudougou sont calmes, tranquilles, mais quand tu les provoques… ».

Josra Riecke
Stagiaire du SEDELAN