Madame Barry et sa laiterie : une affaire de cœur

Le lait est source de vie. Oui, vous avez bien lu. Pour les femmes de la laiterie de Koudougou et les éleveurs peuls, le lait est source de vie. Ou comme Aissata Barry, présidente de la laiterie du Bulkiemdé, le dit « Le lait est une affaire de cœur ». La laiterie Bulkiemdé, qui est située au secteur 10 de Koudougou, ne se cache pas derrière des mots en l’air. Elle produit du lait frais avec du cœur. On doit seulement faire la connaissance de la Présidente de la laiterie pour s’en rendre compte.

Laiterie du boulkiemdé

Le bâtiment de la laiterie avec la petite terrasse où l’on peut acheter des produits laitiers et des gâteaux. L’avant-cour bien entretenue avec le petit pavillon. Les chaises et tables qui invitent les clients à s’assoir. L’enseigne peinte à la main où l’on peut lire « Le lait du Bulkiemdé de BurkinaLait ». Les cactus. Ces pièces de puzzles, qui composent l’image de la laiterie, créent un havre de paix. Pendant que Mme Barry embrasse fièrement du regard le terrain (et en même temps cherche sa petite fille qui joue par terre), elle raconte comme la production de lait a commencé dans sa cuisine. Les premiers mois, la quantité de lait ne dépassait pas 6 litres par jour. Aujourd’hui elle a atteint les 120 litres par jour.

La présidente a un cœur rempli de rêves. Elle a une bouche qui a le courage de demander. Et elle a des mains qui savent comment se mettre au travail. Est-ce cela, la clé de son succès ? Non. « Je remercie Dieu et Père Maurice », répond-elle modestement.

En 2005, les chemins de Mme Barry et Père Maurice se sont croisés pour la première fois. Par hasard, Mme Barry était traductrice pour le Père pendant sa visite dans un village peul près de Koudougou. Elle traduisait le Fulfulde en Français. Notamment, Père Maurice échangeait avec les habitants du village sur la production de lait et des produits laitiers. A ce moment-là, Mme Barry pensait : « Ah bon ! ». Elle faisait partie d’une association de femmes qui produisait des produits laitiers avec du lait en poudre et était en train de chercher un souteneur pour devenir plus résistantes à la concurrence. En entendant et traduisant Père Maurice, comme il parlait de la production de lait, elle a vu une bonne chance pour une coopération.

Après l’événement, elle a pris son courage à deux mains, a approché Père Maurice et lui a demandé un rendez-vous. Quelques jours après cette rencontre fortuite, une deuxième entrevue a eu lieu au bureau du SEDELAN. Mme Barry arrivait préparée pour convaincre et avec un plan.

Aïssata Barry et sa fille

Aïssata Barry et sa fille

Réaffirmant sa détermination, elle joint ses mains ou pose sa main sur le cœur pendant qu’elle raconte comment elle a demandé à Père Maurice le soutien nécessaire. Père Maurice donnait son accord pour la construction d’une laiterie, quand bien même il posait deux conditions : premièrement, les femmes ne devaient pas traiter avec du lait en poudre, mais seulement du lait frais. Deuxièmement, les éleveurs peuls, qui pouvaient livrer le lait frais, devaient garantir de pouvoir le livrer toute l’année. Elle acceptait la première tâche enthousiasmante. La deuxième tâche cependant, demandait beaucoup plus de patience et la force de persuasion de Mme Barry. Jusque-là, les éleveurs n’étaient pas capables de livrer du lait pendant toute l’année. En saison sèche, le lait gagné ne suffisait même pas pour nourrir leur propre famille, ce qui implique qu’ils ne pourraient pas vendre du lait frais pendant des mois. Avec sa volonté infatigable de matérialiser son rêve et avec la foi en la signification du lait frais, Mme Barry s’est mise en route et est allée rendre visite aux villages des environs de Koudougou. Elle parlait aux éleveurs des questions de bonne organisation et des avantages et possibilités que les produits laiteries pouvaient représenter pour eux. La construction d’un forage a été proposée. Elle a discuté des possibilités pour faire des provisions pour les animaux pendant la période sèche. La plupart des éleveurs étaient sceptiques. Comme c’était difficile de gagner leur confiance ! Surtout en tant que femme. Mais elle a réussi dans sept villages, et ensemble, ils produisent du lait jusqu‘à aujourd’hui : Poa, Girgo, Sesene, Vili, Wera, Surgu, Saria.

Le dègue, le yaourt et le gapal

Le dègue, le yaourt et le gapal

Revivant ses souvenirs, elle sourit. Elle a appris beaucoup pendant la décennie passée. La femme en formation est devenue la formatrice. « Mais on n’a jamais fini d’apprendre ». Chaque jour, les femmes à la laiterie travaillent dur pour améliorer le goût et la qualité de leurs produits. La qualité du lait est testée chaque matin et quand le lait est mouillé, il est renvoyé à l’éleveur qui a voulu le vendre. Le lait mouillé est du lait qui a été dilué avec de l’eau. Et Mme Barry ne plaisante pas sur le lait. Pour garantir du bon lait, il faut un « cœur froid » et on ne doit pas s’énerver facilement. Il est difficile de s’imaginer cette femme innovatrice, qui rit beaucoup et prend son temps pour saluer chacun et chacune du secteur, avec un « cœur froid ». « C’est dur », dit-elle. Malgré tout, c’est grâce à la présidente que l’on peut savourer le lait frais et le gapal, bien connu et demandé à travers le pays. Oui, Aissata Barry adore son travail et les produits laitiers. Certains jours, elle rentre seulement à la maison pour prendre une douche. La laiterie est sa résidence secondaire. Ou peut-être plutôt sa maison primaire ? Elle rit.

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Il y a seulement un nuage sombre à l’horizon : les prix de lait en poudre pourraient baisser. Le lait frais est de meilleure qualité, mais en même temps, la qualité se voit dans les prix. Et les gens voient la quantité de lait qu’ils peuvent gagner pour moins cher, non pas sa qualité. Les femmes peules et les femmes de la laiterie dépendent des acheteurs de lait frais, mais si les prix de lait en poudre descendent encore, elles vont perdre. Et pourtant, c’est grâce au lait que Mme Barry peut payer les études de sa fille. Grâce au lait qu’elle peut nourrir sa petite et économiser pour son futur. Grâce au lait que beaucoup de filles travaillant à la laiterie peuvent payer l’école pour aller aux cours du soir. Grâce au lait que les éleveurs peuls ont du travail. Le lait est source de vie.

Heureusement, Mme Barry n’est pas une personne qui abandonne. Elle est une personne qui rêve. Elle rêve « des projets qu’on a dans nos cœurs » : un jour, elle veut agrandir la laiterie et produire 300 litres de lait par jour. Elle rêve d’un magasin pour vendre des provendes pour que les vaches puissent être nourries et donner du lait toute l’année. Des taxi-motos, pour pouvoir coopérer avec des éleveurs dans des villages plus éloignés, et ramener encore plus de lait. Un kiosque à côté de la laiterie, où l’on pourrait se restaurer le midi et finir son repas en buvant un verre de gapal ou un « café au vrai lait ». Elle rêve d’une salle de réunion en dur pour pouvoir recevoir les éleveurs, les filles en formation, les invités, dans de bonnes conditions. Pour le moment, la laiterie ne dispose que d’un « zandé ».

Petit zande

Petit zandé

Si ses rêves sont trop grands ? Mais non ! Après tout : « La belle laiterie où il y a des belles choses, c’est ça qui fait de Koudougou la Rebelle, Koudougou la Belle ».

Josra Riecke
Stagiaire du SEDELAN

La découverte chez Kadi Jolie !

La fête de la femme. Il n’y a pas si longtemps que nous l’avons célébrée. Vous vous souvenez ? Dans le monde entier, il y avait des manifestations, des conférences, des festivités. Oui, pendant cette journée internationale de la femme, mères, femmes, sœurs, filles, tantes, copines et leurs requêtes sont placées au cœur de l’action.

Au Burkina Faso, ce jour-là revêt encore une autre dimension : en 1984, l’ancien président Thomas Sankara a proclamé le 8 Mars comme jour férié national. Le jour est plongé dans une atmosphère festive et tamisée. Les femmes Burkinabé ne devraient pas travailler, mais savourer leur propre jour. Toutes les femmes ? Certainement pas. La plupart travaillent comme les autres jours.

Kadi

Kadi

Dès cinq heures du matin, on peut trouver Kadi dans son kiosque « Chez Kadi Jolie » au Secteur 8 de Koudougou. Comme chaque jour de l’année. De janvier à décembre, du lundi au dimanche, de cinq heures du matin à 22 heures le soir, la propriétaire salue chacun et chacune avec un sourire. Jamais une plainte ne s’échappe de ses lèvres.
La population de Koudougou est majoritairement divisée en deux : la division du genre se trouve partout, surtout dans les domaines du travail et des responsabilités.

Kadi dans son kiosque

Kadi dans son kiosque

Ainsi la femme est responsable de tenir le ménage, de cuisiner, de mettre au monde et d’éduquer les enfants. L’homme constitue le soutien de famille et doit gagner assez d’argent. En d’autres termes, l’homme met en place un cadre pour que la femme puisse remplir sa tâche. L’objectif de cet article n’est pas de dévaluer les deux champs d’activité ou de les hiérarchiser. L’objectif de cet article est mettre en lumière la forte dépendance des femmes au salaire de leur mari. Mais qu’arrivera-t-il quand l’homme sera absent et que la femme restera seule avec ses enfants ?

Kadi nous le montre. Elle est celui et celle qui entretient la famille : d’un côté, elle cuisine et fait le ménage et s’occupe de ses deux filles (et bien sûr de sa clientèle). Et en même temps, elle doit gagner les revenus nécessaires. Elle travaille, pour financer l’éducation scolaire de ses deux filles. Elle travaille pour être capable de soutenir sa famille. Elle travaille pour remplir son rôle comme mère et comme l’unique gagne-pain. Les jours de la monoparentalité féminine sont longs.

Le kiosque de kadi jolie

Le kiosque de Kadi Jolie

Kadi – avec ses yeux rayonnants et son âme sereine – est généreuse. Elle donne le sentiment d’être une copine que l’on n’a pas vue depuis longtemps. Cette Kadi est l’incarnation d’une femme forte : elle s’est élevée dans la hiérarchie et est devenue la propriétaire d’une entreprise florissante à la force du poignet. Depuis le début de cette année, elle peut se concentrer singulièrement sur son entreprise. Les clients affluent vers son kiosque à cause du vaste choix de plats proposés : des sandwichs au poisson et à l’avocat, des omelettes, du « riz sauce pâte d’arachide », du riz gras, de la soupe, des spaghettis, des yaourts, des gâteaux, du café au lait, du thé, du bissap, du zoom-koom. On peut continuer à l’infini.

Et bien sûr les clients viennent aussi pour bavarder un peu avec Kadi. Elle rit beaucoup, elle est toujours de bonne humeur. Si vous voulez savoir d’où elle tire cette énergie positive, demandez-lui ce qu’elle aime dans son travail. Elle vous répondra « Tout ! » et son visage apparaîtra comme rajeuni et rayonnant d’un nouvel éclat. Elle aime bien cuisiner, créer un endroit d’une atmosphère agréable, s’entretenir avec ses clients. Après un moment de silence elle ajoute : « Je peux subvenir aux besoins de ma famille. ». Vous aurez compris !

Kadi prépare des sandwichs à l'avocat qui régalent les clients

Kadi prépare des sandwichs à l’avocat qui régalent les clients

La fête de la femme. Il n’y a pas si longtemps que nous l’avons célébrée. Toutefois, les réflexions de ce jour sont vite oubliées. Nous retournons rapidement à la vie quotidienne et à tout ce qui nous est familier. Mais pourquoi ne soutenons-nous pas les femmes dans notre vie de tous les jours ? Principalement les femmes, qui doivent être l’unique gagne-pain ? Elles ont des idées et des rêves et elles veulent s’occuper de leurs familles. Elles sont prêtes à travailler dur. Kadi nous l’a montré.

Comme Thomas Sankara, celui qui a proclamé la fête de la femme comme jour férié, l’a dit «L’émancipation de la femme passe par son instruction et l’obtention d’un pouvoir économique ».

Josra Riecke
Stagiaire du SEDELAN.

Belles coiffures chez Bénédicte !

Le dos droit. Placide. Souriant légèrement. Bénédicte est assise dans son salon de coiffure pendant que ses mains vives tressent un « Paneem Mooré » dans les cheveux d’une petite cliente. Les cheveux naturels sont séparés à parts égales et des mèches de cheveux artificiels sont entrelacées. La première mèche est accomplie.

Pendant son travail, la propriétaire parle d’une façon détendue de tout et de rien avec ses clientes. Oui, Bénédicte a une oreille attentive. Peut-être est-ce cela qui engendre une atmosphère détendue ? Ou peut-être est-ce l’air satisfait qui irradie d’elle. Bénédicte travaille beaucoup et elle travaille dur, mais elle est fière de sa réussite – elle a son propre salon. Par quoi est-elle motivée ? Elle aime son travail et est contente d’avoir la possibilité de vivre de ce travail et d’être indépendante. Pas évident pour beaucoup de femmes.

Bénedicte, coiffeuse

La troisième mèche est presque terminée. « À la bonne heure ! », elle motive sa petite cliente car les tresses demandent beaucoup de patience et exigent de se tenir tranquille. La fille sourit.

Maintenant, Bénédicte parle du 3 septembre 2011, le jour où elle a ouvert son salon. Elle en a un vif souvenir. Ce jour-là représente le début d’un sentiment nouveau pour elle : l’indépendance.

Indépendance. Pour beaucoup de femmes de Koudougou, c’est un mot étranger. La plupart travaillent, mais ce n’est pas une promesse d’indépendance. Elles remplissent leurs devoirs domestiques, les heures sont longues et souvent les hommes gagnent plus d’argent et ont plus d’accès aux ressources et aux informations. L’indépendance est difficile à atteindre et son maintien prend beaucoup d’énergie et demande beaucoup d’endurance. Et souvent une petite aide pour démarrer.

Benedicte coiffe une Etudiante

Pendant que ses mains minces et nues tressent une mèche après l’autre, elle exprime sa gratitude pour le microcrédit, qu’elle a reçu des Missionnaires d’Afrique. Sans l’aide du crédit, elle ne serait pas assise dans sa propre boutique. Maintenant, on aborde le cœur des problèmes de beaucoup de femmes dans leur lutte pour l’indépendance. Recevoir un microcrédit. Le plus souvent, les femmes n’ont pas accès au microcrédit. Elles sont triées à l’avance. Elles sont étiquetées comme des clientes « à haut risque ». Elles sont perçues comme moins dignes de confiance. Elles n’ont pas assez de garanties. Pourtant le salon de coiffure de Bénédicte est la preuve que des microcrédits peuvent ouvrir de bonnes perspectives d’indépendance.

Évidemment, les microcrédits ne sont pas une panacée. Mais ils peuvent donner aux femmes avec du talent et une idée la possibilité d’investir dans leur futur et de se lancer dans l’activité économique. En accordant suffisamment de place à l’autonomie, l’innovation peut éclore.

La plaque solaire de Bénédicte

Fièrement, Bénédicte jette le regard sur son dernier investissement : une plaque solaire. Une des seules au secteur 8 de Koudougou. Elle est indépendante des pannes de courant.

Bénédicte a suivi une formation de cinq années et son salon de coiffure est son lieu d’épanouissement personnel. Jour après jour, elle travaille dur pour sa sécurité et son indépendance.

Le « Pannem Mooré » est achevé. La petite fille se contemple dans le miroir, rit et part en courant pour montrer l’œuvre à sa mère. Pendant un moment, le visage de Bénédicte rayonne de joie. Puis elle se lève de sa place et commence à coudre une perruque, car elle n’a pas beaucoup de temps pour se reposer.

 

Tête coiffee par Benedicte

Chez Bénédicte, le choix des coiffures est énorme et son talent saute aux yeux

immédiatement. Quand je lui demande quelle est la « place de la femme » dans la société, elle s’arrête pendant quelques secondes ereccion sin viagra. C’est une question difficile. Mais elle connaît la réponse et elle donne une réponse claire: la place de la femme n’est pas une place égale à celle de l’homme. Plutôt au fond de la classe alors que les hommes peuvent être assis devant. Bien que les femmes jouent un grand rôle dans la société de Koudougou.

Pourquoi n’ont-telle pas le même accès au travail ? Pourquoi sont-elles payées différemment? Pourquoi n´ont-elles pas les mêmes droits et choix ? Pourquoi ne sont-elles pas considérées comme égales?

Cliente de Benedicte

Bénédicte pose des questions qui expriment une certaine frustration, mais en même temps ces questions reflètent l’espoir. L’espoir que de plus en plus de femmes auront les mêmes possibilités qu’elle a eues. L’espoir qu’un changement social est possible. L’espoir que la population de Koudougou – femmes comme hommes – comprendra qu’il est grand temps de se lever, d’élever sa voix et de ne plus garder le silence. Car selon Bénédicte « les gens de Koudougou sont calmes, tranquilles, mais quand tu les provoques… ».

Josra Riecke
Stagiaire du SEDELAN