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Numéro 1 - Décembre 2015

Edito | Coupure d'eau à Koudougou - Les réactions | Le mot de la fin

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Edito

Bonjour et bienvenue ! Ceci est la première newsletter de Koudougou la Belle. Vous y trouverez deux témoignages sur la longue coupure d'eau qu'a connu Koudougou la semaine dernière. Nous attendons vos réactions !

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Des enfants de Koudougou qui pompent pour remplir les bidons

Coupure d'eau à Koudougou
Les réactions (1/2)

Par Marion

Vendredi 4 décembre, au secteur 8 de Koudougou.

Voilà 6 jours que l’eau nous a été coupée. Depuis samedi dernier, 28 novembre, aux alentours de 14h, les robinets font « rrrr, rrrr » quand on les tourne, et s’ils semblent essayer de nous livrer leurs dernières gouttes, c’est bien peine perdue.

Les premières heures, nous avons cru aux petites coupures qui arrivent de temps en temps, celles qui n’étonnent pas, mais aussi (et surtout) ne durent pas.  C’est petit à petit que les rumeurs ont grossi : d’aucuns parlent de « 5 jours », d’autres de « jusqu’au 5 décembre ». Pas besoin de vous dire que la première nous aurait plus plu !

Les informations passent principalement par la radio locale. Sur le site de l’ONEA, le dernier communiqué « A la une » date d’octobre et concerne Ouagadougou. Dans le communiqué de Radio Palabre donc, pas d’explications claires sur les raisons de la coupure, mais l’ONEA nous adresse ses sincères excuses, nous invitent à aller se ravitailler dans les secteurs de la ville où l’eau coule, et nous annonce finalement… que jusqu’au 6 décembre. Aïe !

Qu’à cela ne tienne. Les fontaines sont à sec bien sûr, mais les pompes fonctionnelles. Il y avait affluence tôt les matins des premiers jours, les défilés des motos, vélos, charrettes portant les bidons jaunes ou verts de 20L. Parfois des personnes poussant les barriques de 200L. Chacun fait ses réserves. Ce sont dans ces moments un peu particuliers que l’on se rend compte de l’importance et l’omniprésence de l’eau dans notre vie quotidienne : boire ; préparer à manger ; se doucher ; laver les enfants, la vaisselle, faire la lessive ; les toilettes. Des gestes tellement répétés au jour le jour que l’on ne se rend plus vraiment compte de ce qu’ils veulent dire…  jusqu’à avoir une semaine de coupure, et devoir réfléchir chaque jour comment re(-re-re)remplir ses bidons pour avoir de quoi tenir une nouvelle journée.

Heureusement, depuis deux jours, nous avons appris que l’eau coule la nuit. Vers minuit, 2h ou 3h, avec un débit ridiculement faible, mais c’est mieux que rien.

Donc oui, depuis une semaine nous sommes rodés dans nos arrangements, et si la lessive de chacun a pris bien du retard (il y a des priorités), nous buvons, nous mangeons, nous nous lavons. Mais qui, dans ces deux jours, n’a pas plaisanté en disant : « Quand je construirai, je mettrai un château d’eau dans ma cour ! ». Qui n’a pas envié les deux ou trois grosses constructions du coin qui ont des petits châteaux d’eau privés, et qui, d’ailleurs, n’est pas allé se ravitailler pour un bidon ou deux (ou trois) ?

Cependant, ces châteaux restent alimentés par le réseau de la ville. S’ils parviennent à épargner les coupures de quelques heures à ceux qui en profitent, ils commencent eux-mêmes à être à sec en cette fin de semaine. Voilà pourquoi nous souhaiterions, à Koudougou, l’installation de gros châteaux d’eau (1 par secteur, soit 10 en tout) qui se rempliraient via une pompe (et non pas au réseau urbain) et s'alimenteraient par plaques solaires, pour ne pas faillir comme dans cette situation (le soleil n'est pas ce qu'il manque ici !!).

On vous en parlait dans la dernière lettre d’abcBurkina (ici) : « (…) la ville manque cruellement de réserves d'eau. Il me semble que l'ONEA de Koudougou devrait réfléchir à la construction d'au moins un château d'eau par secteur, soit 10 châteaux d'eau, avec pompe solaire. Par abus de langage, on appelle communément « pompe solaire » une simple pompe électrique alimentée par de l'électricité en provenance de plaques solaires. C'est un des meilleurs investissements « solaires », car il est moins cher de stocker de l'eau (même à 10 m au-dessus du sol), que de stocker de l'énergie électrique dans une batterie dont la durée de vie, quoique l'on fasse, ne dépasse pas, le plus souvent, 3 années. »

L’installation permettrait à chaque Koudougoulais d’avoir un accès continu à l’eau le temps que l’ONEA fixe ses problèmes de son côté. Ce ne serait pas du luxe !

Rester positifs, c’est se rendre compte qu’une telle coupure vaut bien mieux (ou bien moins pire) en décembre, où le thermomètre ne dépasse pas les 20°C le matin et les 30-33°C la journée, que durant la chaleur harassante d’avril ou mai, où il ne descend pas en dessous des 27-28°C la nuit et dépasse les 40 voire 45°C la journée. Malheureusement, c’est durant cette période que les coupures sont les plus fréquentes.

En attendant, nous continuons de faire avec, en espérant que très bientôt nous pourrons vous dire : « Koom waame ! » (L’eau est venue !)

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9 bidons de 20L et une bassine de 50L : plus de 200L de réserve pour une famille de 10 personnes

Coupure d'eau à Koudougou
Les réactions (2/2)

Par Sabine

Koudougou le 04 Décembre 2015

Bonjour,

Aujourd’hui on est à une semaine de coupure d’eau à Koudougou. Depuis le samedi 28 novembre, jusqu’au jour où on parle, toujours pas d’eau dans la belle cité des cavaliers rouges. Les habitants de la belle cité se donnent beaucoup de mal à trouver de l’eau aux pompes d’eau situées dans les périphéries de la ville. La plupart des gens ne savent pas pomper : ils sont fatigués au bout de deux à trois tours de la pompe, ce qui amène les autres, qui sont nombreux à attendre leur tour, à crier d’un ton élevé : « Si tu ne peux pas pomper, donne à celui qui peut ! ».

Il y a une pompe dans un bas-fond. Le samedi, l’eau venait un peu là-bas, mais avec si peu de pression que ça prenait au moins deux heures pour une remplir barrique (200L). Pour avoir une barrique, il faut d’abord la louer, et ensuite payer l’eau. Ceux qui ont des barriques les louent à 75F, et ensuite il faut payer 60F la dame qui s’en occupe pour la remplir d’eau.

Le lundi, comme la fontaine est dans un bas-fond, et que la dame voyait que c’était là seulement que l’eau venait, elle n’a plus voulu faire remplir les barriques, mais a demandé à remplir les bidons pour les transférer dans les barriques. Un bidon (20L) coûte 10F, ce qui revient à payer 100F au lieu des 60F, puisque c’est 10 bidons qui remplissent la barrique. Un choix à prendre ou à laisser… mais on prend, puisqu’il n’y a pas d’eau ailleurs, sauf si tu peux pomper.

Le mardi, l’eau est venue à 00h00. Ceux qui ont su ont pu faire un peu de réserves. Ça n’a pas duré, c’est reparti à 05h00. Le lendemain, les gens ont été informés que l’eau venait tard la nuit. C’est pour ça que le mercredi, quand l’eau est venue à 23h55, beaucoup de gens ont pu faire des stocks dans des bidons et des barriques. Mais vers 7h30, c’est reparti pour la coupure. Pour avoir l’eau, il faut veiller et surveiller ton robinet à chaque heure. Quelle misère !

Surtout à la maison, j’ai deux jumeaux de 1 an, ils ne savent pas qu’il y a coupure d’eau, ils baignent dans la poussière a tout moment. J’ai dû me lever à 00h00 pour faire des réserves d’eau pour pouvoir faire la lessive. Si j’avais un château chez moi ou dans le secteur, je ne souffrirais pas autant. Ça fait plus de 20 ans que je suis à Koudougou, mais je n’ai jamais vu de si longues coupures d’eau. Il n’y en a pas toujours, s’il y en a ça dure deux heures… mais pas plus d’une semaine !

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Le mot de la fin

Cette newsletter est toute jeune. Elle est donc amenée à évoluer pour répondre à vos attentes, ce que vous souhaitez lire, apprendre. Répondez-nous pour nous faire part de vos suggestions, nous serons heureux de vous lire.

A très vite.